Anakao*, mon amour

Publié par Nathalie

Le Sud, on l’aime ! L’édition 2013 lui a réservé les honneurs, les noms les plus mythiques comme les plus mystérieux ornaient le fronton des pavillons du village de Madagascar et ses vingt-huit exposants, installé au cœur du quotidien des Messins, jouxtant l’aire de jeux des enfants, bordé par des allées propices au jogging et à la promenade. Ils sont venus en nombre, avec l’étonnement et la surprise qui ravissent le regard de tout visiteur mû par l’intelligence de la découverte. Lors de sa déambulation entre les paniers tressés dans la soie ou le sisal, le souffle coupé devant les toiles d’un artiste peintre plusieurs fois distingué, arrêtant ses pas devant les robes en smock, brodées par des doigts d’or, le visiteur, Messin ou Malgache, voyait ressurgir les réminiscences d’une traversée du Grand Sud par la RN7 achevée à Faux-Cap ou sur les pistes de l’extrême pointe de l’île, les yeux humectés, se rappelant alors la beauté divine de l’Isalo, ses plateaux mille fois millénaires.

Le Sud à Metz, ce fut aussi la projection de « L’opéra du bout du monde » produit par Latérit productions, un road movie dans les coulisses d’un opéra qui revisite la tragédie des amours impossibles pour conter l’histoire du peuplement de l’île Bourbon par ses premiers habitants partis de Fort-Dauphin.

Le tsapiky, surtout dansé à Toliara, enflamma la scène du Village, D-Lain, artiste originaire de l’Androy**, malgache et africain, lauréat de la première édition du concours de chant de l’Afrique francophone, quant à lui, remporta tous les suffrages au Village comme à la soirée de clôture.

Car à travers ses compétitions sportives, son volet culturel, l’engagement d’une jeunesse qui incarne la relève, parfaitement à l’aise entre ses deux cultures, jouant de tous les codes dans l’air du temps tout en intégrant la culture de ses origines, la plus grande manifestation de la diaspora en France et en Europe tordait le cou à tous les clichés d’une réconciliation impossible, d’une stabilité qui n’en finit pas de hoqueter après quatre ans vains, où la dérision le disputerait volontiers au grotesque s’il ne s’agissait pas de la tragédie d’une population, épuisée, dégoûtée, devant le spectacle ubuesque qu’offre une triste actualité. Mercredi au Complexe sportif Saint-Symphorien et sur tous les sites sportifs occupés, comme le lendemain au Palais Omnisports des Arènes, la RNS offrait un spectacle d’une toute autre facture, pour plagier Jean-Joseph Rabearivelo***, celui d’un sport où « tout était élégance et intelligence », où les valeurs de fraternité et de solidarité avaient un sens. Un vrai. Celui porteur de toutes les espérances, celle d’un pays où les élites qui, enfin, ressembleraient à l’image responsable, enthousiaste, engagée, véhiculée avec authenticité par les jeunes générations de la RNS, les générations du futur. Une page s’achève, écrite par des bénévoles connus ou restés dans l’ombre, et auxquels le CEN exprime toute sa reconnaissance pour une édition réussie. A bientôt en attendant 2014 !

*Anakao : située dans la région sud de l’île, sur la côte ouest, aux larges des côtes africaines, dans le canal de Mozambique.

** Androy : l’une des 22 régions, dans la partie sud de l’île.

*** Jean-Joseph Rabearivelo, Œuvres complètes, tome 1, Planète Libre CNRS Éditions, p 552. Sans doute l’écrivain le plus connu de la littérature malgache, imprégné des deux cultures, avant d’en être déchiré.

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