La RNS 2012 invite l’Académie Malgache

Publié par Nathalie

Une des nouvelles orientations du CEN, c’est l’ambition affichée de faire progresser et de redonner du sens à la vie culturelle, comme celui du sport, au sein de la RNS.

Nous avons rencontré M. Henri RAHAINGOSON, qui sera un des conférenciers,  à la RNS à Vichy, qui va  intervenir sur le thème du « Soatoavina malagasy». Echanges.

Henri RAHAINGOSON

  • Mpikambana Mahefa – Membre Titulaire
    Filoha Lefitry ny Sokajy Voalohany misahana ny Haikanto sy Hailaza. ao à Akademia Malagsy ( (Science de l’Art et du Langage à l’Académie Malgache)
  • Filoham-boninahitry ny Fikambanan’ny Poety sy Mpanoratra Malagasy (Président d’Honneur) HAVATSA-UPEM.
  • Mpampianatra – Mpikaroka (Enseignant – Chercheur) misahana fampianarana:
  • o Dikateny (Traduction) sy Haiteny ama-monina (sociolinguistique) – Anjerimanontolon’Antananarivo.

Vous avez participé à plusieurs éditions de la RNS ces dernières années. Qu’est-ce qui vous intéresse à la RNS ?

C’est vrai, depuis quelques années, je suis devenu un abonné de la RNS qui fête cette année sa 37ème édition ; c’est donc pour moi l’occasion de rendre hommage aux créateurs et pionniers, et puis de saluer et féliciter l’équipe actuelle qui a su maintenir le flambeau allumé.

Qu’est-ce qui m’intéresse à la RNS ? Ce que j’apprécie dans cet événement, c’est surtout cette volonté de la « Disapora malagasy d’Andafy » de « réaffirmer son Être Malagasy » ; la RNS, c’est une occasion de rencontres et de retrouvailles aux multiples aspects où éclatent le « ISIKA », l’entre-nous et le « IZAHAY » face aux autres ; bref la RNS, c’est une occasion et un espace de manifestation et de valorisation de l’Identité malagasy. C’est à cette fin, me semble-t-il que le volet culturel de la RNS mériterait une meilleure prise en compte.

Je ne fais pas partie de la Diaspora, et si je viens à la RNS avec des ouvrages sélectionnés pour tous âges, c’est un peu dans cette perspective ; c’est ensuite pour écouter et dialoguer ; mais c’est aussi pour retrouver des visages amis et partager des souvenirs

Le thème de la conférence qui sera développé, le dimanche 8 avril 2012, à la RNS à Vichy par vous-même, Mme Andriamboavonjy Hanitra (Présidente du FI.MPI.MA à Madagascar) et Mme Hajaina ANDRIANASOLO, (Secrétaire Générale de l’association UPEM-HAVATSA), sera consacré au « Soatoavina malagasy ». Pouvez-vous nous expliquer la signification de ce concept ?

Quelles sont, de votre point de vue, les valeurs qui caractérisent la vie sociétaire malgache ?

S’agissant d’un concept qui fera justement l’objet de la Conférence-débat prévue le 8 avril prochain, contentons-nous pour le moment d’une approche globale, succincte et provisoire.

Grosso modo, le Soatoavina peut se définir comme une manière d’être et d’agir propre aux membres d’une société donnée. Héritée des Ancêtres et fruit de leurs expériences, le Soatoavina est considéré comme l’idéal, donc érigé en norme et règle de vie, soumises à des sanctions ou des récompenses selon le cas.

Dès que l’on parle de « valeurs qui caractérisent la vie sociétale malgache », l’on cite en tête le Fihavanana (englobant la parenté, l’amitié et la fraternité), le Fifanajana (le respect mutuel) et la Firaisankina (la solidarité ou la mise en commun des forces) ; cependant avec l’évolution des mentalités et surtout devant la crise actuelle dont l’issue et incertaine, on parle d’une société malgache qui a perdu ses valeurs et ses repères, donc d’une société qui a besoin d’une véritable refondation pour que le phœnix renaisse de ses cendres…

Pour ma part, et à titre d’invitation au débat, j’axerai mon intervention autour de trois volets hyperonymiques sous lesquels seront repartis et abordés les concepts constitutifs du Soatoavina malagasy ; ce que j’appelle les Tokotelo mahamasa-nahandro , soit dans l’ordre : le tany (la terre), le tantara (l’histoire) et le teny (la langue), une sorte de tryptique, bases et piliers de l’identité malagasy.3. Nous avons convenu de faire cette interview en français, pour permettre à un grand nombre de francophones  de pouvoir y accéder. Vous qui êtes un défenseur de la langue malgache, cette approche dans la langue de Molière vous a-t-il gêné ?

Est-ce que le bilinguisme a-t-il quelques avantages ?

Non, ça ne me gêne pas de recourir quelquefois à la langue de Molière, car je suis moi-même « professeur de français … », on ne le sait peut-être pas ; et je suis fier de l’être ; mais étant Malgache, je me dois d’abord de posséder ma langue, être capable d’enseigner la mienne avant d’enseigner celles des autres…

Dans cette perspective, je suis heureux d’annoncer que « nous » (vous et moi) fêterons le 20ème anniversaire de ce que j’avais lancé en 1993 : « Andrianiko ny teniko, ny an’ny hafa koa feheziko » et dont voici ma traduction : « ma langue, je la fais souveraine ; quant à celles d’autrui, je les maîtrise et les fais miennes aussi ».

Oui, en plus du malgache, nous avons besoin d’autres langues ; je suis malgachophone et francophone, mais  à vrai dire, je milite pour le « polyglottisme », la « polyphonie », le pluri ou multilinguisme.

En tant qu’île, Madagascar a au moins une langue de contact avec l’extérieur, d’une fenêtre ouverte sur le monde. C’est un impératif dans la mesure où chaque jour nous subissons une importation massive d’idées et d’objets étrangers que nous recevons dans les langues d’origine et qu’il faudrait comprendre avant de leur donner des adaptations dans la langue malagasy…On pourrait ajouter d’autres arguments mais pour le moment, arrêtons-nous là.

Vous avez annoncé dans la presse malgache et dans des Colloques que « la langue malgache risque de disparaître en 2050 ». Comment êtes-vous arrivé à ce constat ?

C’est vrai, j’ai annoncé cela à la presse, mais avec des « si ». Oui, la langue malgache risque de disparaître si le rythme des négligences tend à se développer et si le « vary be akotry » (ou le « franglo-gasy ») continue à gagner du terrain.

On parle de complémentarité des langues et de dialogues des cultures, de réciprocité; mais est-ce vraiment le cas ? L’énorme disproportion des moyens de diffusion, de circulation, de rayonnement, entre les langues et dès lors entre les cultures, risque d’interdire un véritable dialogue et à terme de provoquer l’étiolement sinon la folklorisation de la langue malgache et de conduire à un appauvrissement radical et peut-être irrémédiable, surtout lorsqu’on la cantonne à l’acquisition des connaissances et valeurs traditionnelles, alors que le français, et de plus en plus l’anglais, confortent chaque jour leur statut de langues du progrès et de la modernité…

Quelle définition donnez-vous de la « langue malgache », dans la mesure où dans les différentes régions de Madagascar, les autochtones parlent leur dialecte, qui n’est pas forcément compris au niveau national ?

Comme toutes les langues, la langue malgache est, au-delà de son aspect externe d’instrument de communication, d’échanges et d’accumulation de connaissances, une langue qui exprime aussi une certaine représentation du monde, une démarche psychologique, une hiérarchie implicite des valeurs : de ce fait, elle est par excellence expression d’une culture en même temps qu’elle est support de cette culture.

A la différence des nombreux pays du continent africain, Madagascar fait partie des rares pays possédant une unité linguistique réelle. Mais comme toutes les langues aussi, on observe à l’intérieur de la langue malgache des formes de diversité que l’on qualifie de sociolinguistique : chaque personne, chaque groupe de personnes ne parle pas la même langue de la même manière. On peut ramener à deux les sources de cette diversité.

D’abord, la division de la population en groupes et sous-groupes socio-économique (la stratification sociale). Sur le plan linguistique, ceci se manifeste par ce qu’il est convenu d’appeler les niveaux de langues, c’est-à-dire l’éventail de manières à parler la langue malgache depuis le style argotique jusqu’à la langue soutenue des circonstances officielles.

La deuxième source des différences de forme de la langue malgache provient d’une évolution historique différente, c’est ça que l’on qualifie de dialectes, à caractères ethniques et/ou géographiques.

Quoi qu’il en soit et malgré l’existence des variantes sociales et/ou régionales, l’intercompréhension ne pose pas de problème réel d’un bout à l’autre du territoire.

Le problème qui découle de ces différentes formes est celui du choix au niveau de la langue  utilisée dans les communications institutionnalisées: langue de l’enseignement et langue enseignée ; langue de l’Etat (lois, règlements, décrets, directives, publications d’informations, formules, etc.), langue des médias, langue de la publicité, langue du travail. C’est là toute la linguistique, le débat du « bon » et « mauvais » usage, la question du malgache standard ou du malgache normatif. Certes pour la langue malgache, il existe déjà une forme de malgache standard, voire normalisée ; les publications lexicographiques et grammaticales qui se sont succédées dans le temps constituent des étapes dans ce sens. Signalons à ce propos, le dictionnaire « Ramino » malagasy – malagasy (1934), le Firaketana inachevé malheureusement arrêté à la lettre M et surtout le récent Dictionnaire encyclopédique monolingue de l’Académie malagasy (2005).

A signaler également les publications sporadiques des quelques lexiques spécialisées échelonnés dans le temps.

On peut aussi mentionner dans cet effort de standardisation et de normalisation l’existence des bibles traduites en malgaches, les travaux des écrivains et des poètes que l’on étudie dans les écoles, les émissions de la TVM qui répandent dans les foyers un usage standardisé de la langue, malgré certaines entorses et lacunes ça et là.

Que préconisez-vous pour que les Malgaches maîtrisent leur langue et éviter ainsi cette disparition annoncée ?

« Aimer loyalement sa langue et éviter le « valalan’amboa ka ny tompony aza tsy tia ». Ce qui veut dire attitude consciente et conséquente à l’oral comme à l’écrit au niveau de chaque individu et prise de position claire en faveur de la protection et de la promotion de la langue malgache (politique et planification linguistiques clairement définies et passage à la concrétisation (infrastructures, ressources humaines, budget, etc.)n

Propos recueillis par
Mbolanoro ANDRIANARIJAONA


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